Migrant : es-tu un criminel ?

Comme chaque 18 décembre, la communauté internationale célèbre ce jour la journée internationale des migrants qui porte sur le thème « Migration des Jeunes : faire avancer le développement ». Une manière sans doute pour l’Organisation internationale de la migration (OIM) et les Nations unies de révéler à la face du monde la contribution des flux migratoires au développement des pays.
Depuis longtemps, la migration est perçue comme une panacée pour les jeunes des pays pauvres. Bien que la crise économique ayant récemment secoué les pays de l’Occident a contribué à l’afflux de milliers d’Européens sur le continent africain et une bonne partie en Asie, ils sont nombreux ces Africains notamment de la partie subsaharienne qui ne renoncent pas à l’aventure occidentale.
Ils sont bien des milliers, ces jeunes Africains qui ne pensent qu’à faire leurs adieux à leurs pays. Et peu importe la manière. Leur bonheur se trouverait dans les ruelles européennes, américaines et depuis asiatiques ou encore sud-africaines. Point de répit à brader les mesures sécuritaires de contrôle policier ou douanier, celles sélectives des chancelleries de ces terres d’accueil afin de réaliser le rêve d’immigration.
Scénario identique pour ces milliers de jeunes Portugais,Grecs, Espagnols voire Français qui s’installent en Angola, en Afrique du Sud, en Guinée équatoriale, au Maghreb, en Asie ou même en Europe de l’est et au Canada ? Qu’ils soient confidentiels ou non, de nombreux documents officiels d’expertise affirment clairement que l’aventure est moins rude et peu sélective pour la plupart des candidats européens à l’immigration. Mais pourquoi tant de calvaire pour les jeunes migrants d’origine africaine ?

En effet, l’actualité fut marquée dans beaucoup de pays d’accueil des migrants africains par les mesures répressives à leur encontre. La phobie des migrants a même cessé d’être l’apanage des populations. Dans certains pays, la police se mêle aux violentes répressions contre les migrants. Qu’ils soient en règle, sans papiers ou même clandestins, les jeunes migrants sont logés presque à la même enseigne.
Dans la plupart des pays au monde, la régulation des flux migratoires passerait donc par le répressif et le sécuritaire. De nombreux rapports soulignent le non- respect des droits fondamentaux des migrants par le recours dans certains pays à la détention systématique pour un délit d’immigration dans des conditions de rétention très barbares. L’immigration s’érige en acte criminel sur le globe notamment dans les pays occidentaux.
Mais combien sont-ils ces Européens qui vivent en situation irrégulière en Afrique ? On parle de plus de 10 000 000 de personnes. Si les sans-papiers africains représentent un danger en Europe, en Afrique du Sud, au Maroc, en Asie, ou ailleurs, pourquoi ces dizaines de milliers d’Européens ne pourraient pas l’être ?
Le mutisme des autorités internationales face à une pratique répressive inhumaine à l’égard des migrants fait d’elle une arme contre l’immigration exploitée contre ces derniers qu’ils viennent d’Afrique ou d’autres contrées en proie aux difficultés économiques. Et le mal devient même intracontinental.
De milliers de migrants africains menacés et criminalisés en Afrique. Autant pour des Indiens, des Bangladais devenus esclaves au Qatar, en Chine juste parce qu’ils y sont venus pour rechercher de quoi survivre et faire vivre leurs familles restées au pays. Aucun pays ne semble se soucier de l’apport de ces hommes et femmes à leur économie. Nul ne s’intéresse aux motifs de leurs choix d’immigration. Quelqu’un n’a-t-il pas dit qu’on est heureux que chez soi ?
Dans cette logique, est-ce vraiment un choix délibéré pour ces hommes et femmes de laisser toute une famille derrière eux pour tenter l’aventure migratoire ? Pourquoi ces milliers de Portugais s’installent-ils dans les anciennes colonies portugaises de l’Afrique devenues très productives par la vitalité de leur économie. Pourquoi le Maroc attire tant de jeunes Espagnols ? Pourquoi l’Afrique du Sud et le Botswana voient affluer chez eux autant de Britanniques ? Subissent-ils la même dose d’accusations criminelles ?
Pour certains analystes, l’emploi est la seule cause de ces flux migratoires. Qu’ils viennent d’Afrique pour l’Europe, de l’Europe pour l’Amérique et vice-versa, ils sont tous à la recherche de l’emploi. En Occident, certaines entreprises doivent leur compétitivité à la main-d’œuvre bon marché venue d’Afrique ou des pays pauvres de l’Asie ou de l’Europe de l’Est. Vue sous l’angle de la clandestinité ou non, la migration serait donc un cercle assez vicieux dont les verrous pourraient ne jamais être sautés.