Pourquoi tant d’avocats « blancs » pour nos « diables » africains ?

Article : Pourquoi tant d’avocats « blancs » pour nos « diables » africains ?
21 avril 2014

Pourquoi tant d’avocats « blancs » pour nos « diables » africains ?

avocatssL’Afrique, c’est un continent d’élites. C’est un continent d’intellectuels et de cadres émérites. Ils sont bien des milliers ces enfants qui font la fierté du continent « noir » dans les grandes académies et universités occidentales. Nombreux sont ces enfants du continent qui ne cessent de rehausser l’image d’un continent toujours en quête du souffle positif.

Mais hélas ! Tous ces sacrifices et mérites ne sont toujours pas reconnus à leur juste valeur de la même manière sur le continent. S’il y a bien un domaine dans lequel les compétences des Africains sont méchamment ignorées par les Africains « les plus forts », c’est bien la justice.

En effet, ils ne cessent d’augmenter le nombre de leaders africains (peu importe le secteur) qui se dérobent des compétences des avocats africains. Une pratique en vogue qui « entache » la réputation de centaines d’Africains formés pour la plupart dans les mêmes conditions que leurs confrères « blancs ».

Et la frange de la population africaine qui excelle dans le recours à des avocats-conseils ou de défense venus de « chez le blanc », est bien tristement celle des gros bonnets du continent. Ceux-ci qui devraient montrer l’exemple en soutenant le mérite de leurs compatriotes.

Politiciens, hommes d’affaires africains ont un goût très poussé pour le luxe occidental. Un amour aliénant dont ils ne sont pas encore prêts à se débarrasser.

Dans les palais de présidence en Afrique, les avocats qui ont la cote sont ceux venus de l’Occident. Pour les pays francophones d’Afrique, le consortium international d’avocats des chefs d’Etat se réduit assez vite à un conglomérat d’avocats français. Et le trompe-œil parfait est juste d’y infiltrer un avocat « africain » pour jouer assez tristement et bien souvent à la « figuration » ou au « communicant » du palais au pays pour des affaires loufoques.

Les affaires juridiques « Talon-Yayi » auront permis aux Béninois de découvrir la triste réalité d’un système de défense d’Africains verrouillé par des « barreautiers » blancs en général et français de surcroît. Chacune des deux parties ayant systématiquement recours à des avocats français pour assurer sa défense.

Même si dans le cas de ces affaires, il existe un bémol puisque la bataille juridique se jouait autant en France qu’au Bénin, on réalise qu’il y a bien des affaires africano-africaines où tout est confié à des consortiums d’avocats français.

Une grosse aberration ! Et c’est un secret de polichinelle que les honoraires de ces avocats « blancs » s’évaluent à des milliers d’euros bien devant ceux de leurs confrères d’Afrique. A chacune de leur visite sur le continent, billet d’avion, chambre d’hôtel, primes de séjour sont assurés par leurs « clients » africains.

Et pourtant, rien ne fait changer la roue. Dans sa livraison N° 680 du 9 avril 2014, La Lettre de Continent a fait la liste de ces affaires africaines qui font jaser les robes noires de France. Mieux encore, ils sont bien nombreux ces leaders africains à se bousculer aux portes des cabinets d’avocats français. « L’Afrique est tout simplement devenue le nouvel eldorado des avocats français » renseignait l’Express…

Ce grand intérêt des grandes figures africaines pour les avocats occidentaux est-il le signe de l’impérialisme de l’Occident en Afrique ? Et pourquoi ce recours systématique et massif à des étrangers ? Est-ce le symbole de la grande méfiance entre Africains ?

Une chose est bien sûre, il a tout d’une insolence envers les blouses noires africaines que le prix d’une certaine « incompétence » de ces derniers. Heureusement que de célèbres, intelligents et incontournables avocats, l’Afrique en a connu et en connaîtra toujours…

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Commentaires

Abdoulaye Bah
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Félicitations, des remarques pertinentes! Ce que vous relevez dans le domaine de la défense des intérêts de nos dirigeants rapaces, est malheureusement valables dans plusieurs domaines, comme vous le relevez d'ailleurs. Pourtant, les africains qui ont étudié dans les universités européennes sur les bancs des amphithéâtres n'avaient rien de moins que leurs collègues européens. Souvent, d'ailleurs, c'était le contraire.

En Europe, on est discriminé, dans nos pays aussi. La seule consolation, c'est qu'en Europe, on peut au moins protester et lutter sans que l'issue de notre combat ne soit déterminée à l'avance pour des questions d'appartenance raciale ou politique.

Je vais reprendre un passage de votre billet pour mon réseau de blogueurs qui publient dans 35 langues.

De Rocher Chembessi
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Monsieur Abdoulaye,

Merci d'être passé sur mon blog. Et c'est un plaisir de savoir que quelques passages de l'article seront partagés. J'en suis bien honoré. Et avec toute l'humilité possible, je vous demanderais de vous intéresser aux autres articles du blog et d'y laisser si possible vos commentaires et observations.

Comme vous le dites si bien, la situation est presque la même dans nombre de secteurs et notamment dans l'attribution des marchés publics sur le continent. Au nom de la "compétence", on préfère bien souvent les consortiums étrangers à ceux conçus et gérés par des Africains.

C'est une triste réalité mais hélas...

DEBELLAHI
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Quand ils auront des blancs dans le box des accusés, nous allons leur commettre, d'office, des avocats noirs... En complément des aspects pertinents que tu as évoqués, ces procès donnent l'impression d'un occident qui corrige des africains désobéissants. Merci de faire de la qualité ta ligne permanente.

De Rocher Chembessi
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Hahaha! "... Un occident qui corrige des africains désobéissants". Je ne cesse autant de rire que m'interroger à la lecture de ce passage de ton commentaire. Comme on le dit assez souvent, quelques mots résument toute une pensée.

Mais quand tu parles de la qualité, je me dis c'est notre combat commun. Et c'est un plaisir d'y être à vos côtés...

serge
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je ne crois pas que ce soit le signe de l'impérialisme, mais j'appellerai cela l'avoeue de l'échec de nos dirigeants à créer des universités ayant une réconnaissance et capable de donner des bons professionnels

De Rocher Chembessi
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Serge,

A première vue, je te donne entièrement raison sur ton commentaire. Ce n'est point de l'impérialisme mais la conséquence directe des défaillances de notre système d'éducation notamment de l'enseignement supérieur.

Mais quand tu jettes un coup d'oeil dans les grandes universités occidentales, il y a bien des africains qui sont dans le peloton de l'excellence. Des Africains qui ont été formés dans les mêmes conditions que leurs collègues occidentaux. Mais pourquoi sont-ils si peu mis en valeur par nos dirigeants? That is a question...

RitaFlower
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Le dossier des:"Biens mal acquis"par des Chefs d'Etats Africains illustre parfaitement ton article.On a fait appel à la Crème des Avocats Français pour défendre les intérets Africains.Tous ces biens:immeubles de Standing,hotels particuliers,voitures de luxes,objets de valeurs se trouvent sur le Sol Français avec l'argent détourné des Fonds Publics Africains.C'est un imbroglio Français-Africain.

De Rocher Chembessi
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Rita,

Tu aurais remarqué que dans mon article, j'ai voulu ne pas mettre en lumière certains dossiers qui fâchent et déchaînent les passions. Mais comme tu ouvres la brèche, le recours à la crème des crèmes français ou occidentaux pour défendre les africains est souvent bien lié à la nature des affaires juridico-politiques dans lesquelles s'emballent nos leaders d'Afrique.

Pauvre Continent d'espoir et d'espérance...

Abdoulaye Bah
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Gaspillage des ressources humaines, gaspillage des ressources naturelles! Je vous prie de lire ceci:

Le top 5 mondial des présidents restés le plus longtemps au pouvoir, et toujours en exercice, sont tous Africains. Ils sont surtout connus pour leurs méfaits: élections truquées, détournements de fonds, biens mal-acquis et violations des droits de l'Homme. José Eduardo dos Santos [français], président de l'Angola, est l'un d'entre eux.
Dos Santos dirige l'Angola depuis 1979. Son mandat fut secoué par de nombreux scandales et cas de corruption, dénoncés par plusieurs ONG locales et internationales. J.R. Mailey, chercheur au Centre d'Etudes Stratégiques de l'Afrique travaillant sur les ressources naturelles, la corruption et la sécurité en Afrique, souligne que:

https://fr.globalvoicesonline.org/2014/04/05/165546/