Vieux, malades et présidents…

Article : Vieux, malades et présidents…
18 avril 2014

Vieux, malades et présidents…

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En Afrique, la liste des chefs d’Etat de troisième âge ne cesse de s’allonger. Peu importe la région où l’on se trouve sur le continent, il y a au moins un dans la catégorie des chefs d’Etat ou de gouvernement qui flirtent avec la mort. Et pourtant ils s’accrochent au pouvoir.

Avec son cuir chevelu singulier, Abdoulaye Wade se distingue comme un recordman des chefs d’Etat les plus vieux du monde. Le Gorgui (Vieux en wolof) ne s’en plaignait sans doute pas. A plus de 85 ans, l’ancien président du Sénégal avait encore nourri les intentions de se maintenir au pouvoir. La suite, tout le monde la connaît.

Mais au grand jamais, il n’aura été le seul sur le continent à jouer dans la cour des plus vieux chefs d’Etat

Le Président Abdelaziz Bouteflika votant dans fauteuil roulant.. (Alger, Avril 2014)
Le président Abdelaziz Bouteflika votant dans fauteuil roulant.. (Alger, avril 2014)

Malgré sa « jeunesse » par rapport à d’autres dinosaures du continent, l’Algérien Abdelaziz Bouteflika, 77 ans, entre dans l’histoire. Mieux encore, dans le livre des records de Guinness. Sauf catastrophe, il sera le premier chef d’Etat élu depuis un fauteuil de « malade » dans le monde. Certes, le Vénézuélien Hugo Chavez en avait fait presque autant d’un lit d’hôpital, mais le leader de la révolution bolivarienne avait le mérite d’avoir battu campagne pour sa réélection. Ce que ne fit guère Abdelaziz Bouteflika pour l’ élection présidentielle’ en Algérie. Sa campagne étant conduite intégralement par ses proches lieutenants. Mais en attendant, la palme d’or de la « vieillesse » revient incontestablement au très controversé président zimbabwéen Robert Mugabe. A 90 ans, l’homme fort de Harare est le doyen des chefs d’Etat du continent. Une position qu’il détient depuis plusieurs années.

Dans cette cohorte de « vieux » présidents, on distingue nombre de chefs d’Etat de l’Afrique Centrale et de l’Est. Le Camerounais Paul Biya, aujourd’hui âgé de plus 80 ans est en « lead » position dans le classement des papys au pouvoir en Afrique.

En Afrique de l’Ouest, c’est à une femme, la toute première élue présidente du continent que revient la couronne. A 76 ans, Ellen Johnson-Sirleaf assure vaille que vaille son rôle de présidente-mémé du Liberia. « Vaincu » par le poids de l’âge, mais « résistant », l’Ivoirien Alassane Dramane Ouattara « ADO » qui a subi tout récemment une opération de sciatique en France répond bien logiquement avec ses 72 ans à l’appel des plus vieux chefs d’Etat du continent. Un contraste puisqu’il n’est arrivé au pouvoir qu’en 2010. Dans le Maghreb, c’est un vrai mélange bien loin d’être homogène. Si la Tunisie et le Maroc peuvent se prévaloir d’avoir à leur tête des dirigeants « jeunes », l’Egypte doit faire avec le retour en force des vieux barons du régime Moubarak de la période d’avant révolution. Le Soudanais Omar El-Béchir a aussi toute sa place sur la short liste avec ses 70 bougies.

Bien avant ces derniers, le continent a toujours connu plusieurs présidents de plus de 70 ans ayant régné sans partage des décennies. Dans ce registre, le Gabonais Omar Bongo est un illustre monument avec 41 ans passés à la tête de son pays. L’ancien locataire du palais de bord de mer à Libreville est mort à 73 ans. Chassé du pouvoir par le « printemps arabe », l’Egyptien Hosni Moubarak qui aura passé vingt bonnes années aux commandes de son pays, aura quitté le pouvoir à 83 ans.

Et comme si dans le monde, il faut être vieux pour mieux gouverner, la moyenne d’âge des chefs d’Etat et de gouvernement est de 61 ans. Une belle alchimie qui « empoisonnerait » les rêves de la jeunesse dans nombre de pays où la sagesse « rétrograde » de la gérontocratie a fini par conduire ces pays dans l’abîme.

L’autre point commun de toutes ces « momies » qui gouvernent l’Afrique est leur état de santé défaillant. Du coup, ce sont des millions de francs des contribuables qui sont dépensés chaque année pour leurs soins de santé.

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Commentaires

RitaFlower
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En effet,la classe politique africaine a toujours été vieillissante et n'a malheureusement pas la sagesse et le courage de se retirer à temps.Le temps est enfin venu de céder la place à la nouvelle génération d'hommes politiques qui ont une vision différente de la gestion du Pouvoir.Ton classement vaut le détours.Je crois que tu n'as oublié personne dans cette liste des"VIEUX"du Continent.

De Rocher Chembessi
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Au premier regard, je pensais que le mal était africain. Mais après m'être ressourcé, j'ai compris qu'il a atteint nombre de pays dans le monde même si certains sont dans un système de monarchie constitutionnelle. Ce qui m’écœure dans cette affaire de "vieux" à la tête de nos pays, c'est leur état de santé assez défaillant qui coûte des millions de francs aux contribuables alors que ces derniers manquent même de tout dans les hôpitaux traditionnels de nos pays.

Oui, il faut que les jeunes aient une place dans la gestion du pouvoir. Mais cela se fera à quel prix? Sont-ils préparés ou se préparent-ils à prendre le pouvoir? Malheureusement que NON....

Morufux
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Bel article. J'ai carrement halluciné quand j'ai vu Bouteflika aller voter dans cet état. C'est totalement riducule et pathétique. Pour ma part, je pense que cette tendance des "présidents Papy" n'est pas prêt de disparaitre. Les "jeunes" non plus ne font pas grande chose pour arracher le pouvoir, espérant qu'il leur soit donné. Ça ne marche pas comme ça malheureusement.

De Rocher Chembessi
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Cher ami,
C'est tellement vrai que la fin n'est pas pour demain. Nous jeunes manquons d'audace et de courage pour un changement politique positif dans lequel nous sommes la cheville ouvrière. On se contente tout simplement des miettes qu'on nous jette par piété à la figure pour notre subsistance et notamment pendant les périodes électorales. Merci d'être venu...

eli
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J'apprécie tes termes pas tendres pour qualifier ces dirigeants vieillots.Je crois que ces dirigeants sont malades du pouvoir.c'est comme s'ils étaient les seuls capables de gouverner.cela se sent dans le traitement des infos sur les télévisions d’état qui font la part belle à toutes les actions de "son excellence". Je crois aussi que l'introduction dans la constitution d'une limite d'age comme au Benin serait une des pistes de solution à ce problème.

De Rocher Chembessi
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C'est vrai qu'au Bénin, il y a une limitation d'âge pour se porter candidat aux élections présidentielles. Mais dis toi que cette mesure avait été prise en 1990 pour exclure certains probables candidats. Et aujourd'hui, elle exclut nombre de candidats "jeunes" car il faut avoir au moins 40 ans pour se porter candidat au Bénin. Ce qui est tout un paradoxe...

DEBELLAHI
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Ce génial VMP (Vieux, Malades, Présidents) m'a fait penser à VIP. A entendre le Ministre Congolais (Bienvenu..) ce matin répondre à Boisbouvier, on prend la mesure du mépris que nos dirigeants ont pour nous. Il disait "la constitution n'est pas figée, elle doit être Dynamique. La constitution française a été modifiée 24 fois, et l'américaine 15 fois". Mais ce qu'il a occulté, c'est que les modifications françaises et américaines ne l'ont pas été pour maintenir quelqu'un au pouvoir, ou l'empêcher d'y accéder par les voies constitutionnelles. Il a ajouté "c'est le peuple seul qui décide. S'il veut une modification de la constitution, rien ne s'y opposera".

De Rocher Chembessi
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Ah!

Finalement qui est le peuple? C'est la seule question que je me pose car je vois nos dirigeants se prononcer sur certaines questions importantes notamment celle de la modification de la constitution. On se lance dans une grosse masturbation intellectuelle au mépris de la souveraineté du peuple et du respect des principes de la démocratie.

Triste tout simplement...

AG TITA
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Ensemble de réalités désastreuses que l'Afrique vivra encore longtemps puisque tout un système est mis en place pour que ça soit ainsi et malheureusement pour longtemps. Gardons espoir mais ça ne suffit pas... La jeunesse qui se contente des miettes que leur balancent ceux qui dirigent, n'est pas prête à faire le sacrifice de demander gros ou même l'impossible. Elle s'occupe de l'animation des meetings politiques et autres comme si elle ne sait rien faire...et d'ailleurs elle n'aura que cette tâche à faire, le reste, la jeunesse n'est pas expérimentée pour le faire diront les VMPs. Ce qui est aussi dommage et catastrophique: lorsqu’on règle ton compte le reste importe peu. L’intérêt général n'en parle pas hélas!

De Rocher Chembessi
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Qu'appelez-vous intérêt général? Ce groupe de mots n'existent que dans le dictionnaire de pauvres idéalistes comme nous. Mais ce que je crois, c'est qu'on manque au sein de la jeunesse africaine d'un vrai leadership pour opérer le changement positif et qualitatif que nous voulons pour notre continent autant sur le plan politique qu'économique. Vous me direz comment? Mais combien sommes-nous à vouloir tout risquer pour oser défendre la cause commune?

Yanik
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Ces vieux chefs d'État ne sont que le reflet d'une "démocratie" parfois aussi malade qu'eux. Le désintérêt des jeunes générations dans de nombreux pays ne va pas dans le sens d'un rajeunissement des élus.

De Rocher Chembessi
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Belle Analyse! Mais ce sont eux qui ont bâti ces démocraties malades dans lesquelles nous végétons depuis des lustres.