Sommet Etats-Unis/Afrique : l’Obamanisation de l’Afrique ?

Article : Sommet Etats-Unis/Afrique : l’Obamanisation de l’Afrique ?
5 août 2014

Sommet Etats-Unis/Afrique : l’Obamanisation de l’Afrique ?

La philosophie "Obama" au coeur de l'Afrique, Crédit Photo : Alter
La philosophie « Obama » au coeur de l’Afrique, Crédit Photo : Alter

Ils étaient des centaines de jeunes Africains à se rendre cinq semaines durant aux Etats-Unis pour la Young African Leaders Initiative (YALI) du président américain Barak Obama. Occasion rêvée pour ces jeunes de vivre de près l’expérience du leadership américain autant dans l’engagement civique, le management public que l’entrepreneuriat.

Mieux encore, se souviendront-ils du Washington Fellowships Summit au cours duquel ils ont eu une rencontre exceptionnelle avec le président Obama. Ce dernier, ayant pendant 80 minutes dialogué avec ces jeunes du continent africain sur la sécurité, la bonne gouvernance, le renouvellement de l’AGOA ou l’effacement de la dette.

Après ces jeunes leaders du continent, cette semaine, c’est au tour des dirigeants africains d’aller à la rencontre, à l’école du premier président noir des Etats-Unis. Ils seront moins d’une cinquantaine de chefs d’Etat sélectionnés sur la base de certains critères liés à l’expression démocratique et la bonne gouvernance dans leur pays, mais aussi des relations entre ces pays et les Etats-Unis d’Amérique.

Obama et quelques Chefs d'Etats Africains, Crédit Photo : Tchad Pages
Obama et quelques chefs d’Etat africains, Crédit Photo : Tchad Pages

Cette rencontre entre les Etats-Unis et l’Afrique, la première du genre est pour la Maison Blanche une occasion de renforcer les « liens avec l’une des régions les plus dynamiques du monde ». Aussi, devra-t-elle permettre à l’administration américaine de convenir avec les dirigeants africains d’un cadre de coopération en matière de commerce, d’investissement, d’engagement vers la sécurité et la gouvernance démocratique sur le continent africain.

Et si ce sommet Etats-Unis/Afrique ressemble à plus d’un titre à de nombreux sommets bilatéraux entre l’Afrique et certains pays développés ou certaines régions du monde, il pourrait bien permettre à Washington de contrer l’offensive chinoise et de se repositionner comme un partenaire de poids. Mais l’autre chose qui attire l’attention autour de ce forum, c’est la grosse campagne médiatique déployée par la Maison Blanche et en prime la forte opération séduction du président américain.

Il fallait déchiffrer minutieusement son discours lors de sa rencontre avec les jeunes Africains pour y déceler les prémices d’une « Obamanisation » en vue du continent. Ce qui vient compléter avec ingéniosité l’enthousiasme du continent en 2008 à l’occasion de l’élection du premier président noir et d’origine africaine des Etats-Unis.

En effet tout en louant le talent, la motivation, et l’ambition des jeunes Africains qu’il a rencontrés, et notamment leurs grandes aspirations pour leur pays et le continent, Barak Obama leur a clairement  affirmé : « … Je veux être sûr que les Etats-Unis d’Amérique soient votre partenaire et ami tout au long du chemin. » Le ton est donné, Barak Obama ne lâchera pas ces jeunes pépites de l’Afrique.

Et pour que sa philosophie de la gouvernance qui devrait être celle de l’Afrique soit la mieux partagée et autant diffusée que possible, l’homme du « Yes, we can », promet la création sur le continent de quatre centres régionaux pour la formation au leadership des jeunes africains. Des centres qui seront basés au Ghana, Sénégal, Kenya et en Afrique du Sud dans lesquels les jeunes pourront apprendre le fonctionnement des institutions africaines et américaines.

Le Président Obama lors de sa rencontre avec les jeunes leaders d’Afrique. Crédit Photo : Maison Blanche

L’Obamanisation de l’Afrique, c’est désormais de nombreux programmes de stages et des opportunités professionnelles en faveur de la jeunesse africaine. Elle passe aussi par l’augmentation du nombre des boursiers du programme YALI, qui en 2016 atteindra 1 000 jeunes par année. Le credo du président Obama étant d’investir autant que possible dans la prochaine génération des jeunes cadres du continent pour une Afrique si convoitée par le monde qu’il veut « forte et autonome ». Et pour montrer son grand attachement aux valeurs positives du continent, Obama n’a pas hésité à rebaptiser son programme de mentoring des jeunes Africains Mandela Washington Fellowship for Young African Leaders.

Et cela, alors qu’il existe sur le continent d’autres initiatives de formation portant le nom ou dédiées aux grandes œuvres de l’ancien président sud-africain. Le plus connu de ces programmes étant le Mandela Institute for Development Studies (MINDS).

Autre point à souligner, le décalage d’esprit entre Barack Obama et ses pairs africains ou encore le déphasage de pratiques et d’esprit de gouvernance entre les Etats-Unis d’Amérique et les pays de l’Afrique. En effet, très peu de chefs d’Etat africains auraient suscité tant d’engouement. C’est aussi sans doute la conséquence directe de l’échec des programmes jeunesse développés sur le continent .

Et au rythme de l’engouement actuel des programmes « Obama » pour la jeunesse africaine, ils raviront sans doute la vedette aux quelques-uns, sporadiquement mis en œuvre par l’Union africaine, et dont les jeunes du continent ont d’ailleurs très peu connaissance.

Désormais, on peut se demander à quand l’arrivée au pouvoir ou au sommet des jeunes « obamanisés » du continent. Aussi, les programmes « Obama » pour l’Afrique pourront-ils vraiment permettre de définir avec précision les contours de la nouvelle Afrique prospère dans laquelle nombreux dirigeants sont obsédées par l’idée de s’accrocher au pouvoir.

L’Obamanisation est-elle suffisante pour sortir l’Afrique de sa léthargie actuelle et la libérer des vices de la mal gouvernance ?

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