Uruguay : du cannabis comme du petit pain ?

11 décembre 2013

Uruguay : du cannabis comme du petit pain ?

Le cannabis: La nouvelle manne financière de l'Etat Uruguayen?
Le cannabis: La nouvelle manne financière de l’Etat Uruguayen?

Les sénateurs uruguayens ont approuvé la loi permettant à l’État de contrôler la production et la vente du cannabis. Une nouvelle législation qui pourrait bien changer la perception d’une bonne partie de l’humanité sur un phénomène aussi réprimé que le terrorisme. Triste ou bonne nouvelle !

L’Uruguay récidive ! Le pays du président dit « le plus pauvre au monde » n’en finit pas avec ses innovations législatives. Le pays de José Muyica vient de passer à la vitesse supérieure. Après quelques mois de discussions, voici l’Uruguay qui devient le premier pays au monde à légaliser la vente et la consommation du cannabis.

De la drogue pour tous ?

Pas vraiment ! Aux dires des sénateurs de la majorité présidentielle, le gouvernement mettra en place un système de contrôle du marché de la drogue. Ce serait bien l’objectif premier de l’adoption de cette législation. L’Uruguay voudrait prendre le contrôle de son économie souterraine devenue trop puissante. Pas plus de 40 grammes par mois, c’est la consommation maximale autorisée pour les préposés au cannabis dans ce pays de l’Amérique latine. Le prix de vente serait de 0,7 euro/gramme. En Uruguay, le cannabis ne sera pas du pain bon marché. Mais on peut penser qu’il ne subisse le même sort que la bière. En effet, le cannabis uruguayen ne devrait être vendu qu’aux personnes âgées de 18 ans. Quand on constate  ce que cette mesure qui encadre la consommation de la bière et du tabac est devenue dans tous les pays du monde, on peut bien se poser des questions. En Uruguay, le marché du cannabis pourrait bien prendre les allures de celui des armes aux Etats-Unis. En effet, le texte de loi adopté par le Sénat prévoit la constitution d’une base de données publiques pour les consommateurs afin de suivre leurs consommations mensuelles. L’achat du cannabis devra se faire auprès des pharmaciens homologués par l’Etat. Mais qui peut jurer que les officines de pharmacie qui seraient homologuées pour la vente du cannabis ne s’érigeront pas en un puissant lobby intouchable. Un lobby du cannabis qui pourrait déposséder à jamais l’Etat du contrôle du marché ? Un lobby qui pourrait avoir pleine puissance de faire modifier cette législation pour asseoir son hégémonie sur un secteur financièrement prometteur. Certes, la loi pourrait affaiblir les narcotrafiquants qui seraient privés d’une source de revenus estimée à plus de 60 millions d’euros par an, mais elle génère de nouveaux magnats qui n’hésiteront pas un seul instant à vouloir contrôler un secteur qui apporterait à l’Etat pas moins de 40 millions d’euros pour une population d’environ 3 millions d’habitants. Aux Etats-Unis  on connaît l’histoire des clubs de tir, et dans le monde entier, on sait à quoi riment les clubs de nuit après les consommations d’alcool. Ce qui semble ne pas inspirer à proprement dit le Sénat uruguayen qui autorise la population à la création des clubs de 15 à 45 membres. On me dira que la législation prévoit un encadrement qui suppose que ces clubs ne peuvent pas faire pousser plus de 99 plants par an. L’Uruguay s’engouffre presque dans le même travers que les Etats-Unis concernant le contrôle des armes. L’Etat estime pouvoir contrôler le nombre de plants de cannabis à domicile pour chaque Uruguayen dont la barre est fixée à six plants à domicile par an, l’équivalent de 480 grammes.

Un Uruguay au contrôle effectif de la production, de la distribution et de la consommation du cannabis, il faut bien être un devin pour prédire l’avenir de cette législation. La certitude, cette loi fait le bonheur des 200 000 consommateurs de cannabis bien qu’elle se heurte à la méfiance de plus de 60 % de la population et de plusieurs organisations.

La législation du cannabis en Uruguay : un exemple à imiter dans le monde ? Il serait bien trop tôt qu’elle fasse école. En tout cas, elle fera son effet dans une France et dans d’autres pays du monde en proie au débat sur la législation du cannabis.

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Commentaires

Moe Vaisherbe
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Je trouve cette initiative intéressante, il faut voir ce que ça donne sur le long terme...

Mauvaise Herbe
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"Comme des petits pains", ce n'est peut-etre pas le terme adapté... Rappelons que la commercialisation doit se faire en pharmacie, un lieu où l'on aura du mal à acheter un petit pain :-)

Bon, apparemment ça commence pas aussi bien que prévu : la production par l'Etat ne pourra pas se faire avant 2015...
L'initiative est intéressante, il faudra voir ce que cela donne sur le long terme ! En tout cas, ça ne peut pas être pire que la ""Guerre à la Drogue"" de Nixon...