De Rocher Chembessi

Bénin : Cinq morts calcinés dans un accident de la route

véhicule en feuCela devient une habitude. De violents accidents de circulation en fin d’année au Bénin, ils en surviennent à chaque année. Dans le drame survenu ce dimanche 22 décembre 2013, sur l’autoroute Cotonou-Porto-Novo, le bilan est assez lourd. Cinq morts calcinés et de dizaines de blessés brûlés au troisième degré par les flammes d’un minibus parti en fumée.

Cet accident mortel du 22 décembre rappelle bien celui du mois de Juin qui a attristé tout le Bénin. On se souvient encore ici de ce dimanche noir où des dizaines de familles ont appris impuissantes la mort des leurs. Comme une répétition, l’accident de circulation dont les effroyables images font le tour des télévisions nationales s’est déroulé sur la même autoroute avec ces minibus de transport en commun pleins à craquer.

Le drame survenu peu avant 14 heures relance le débat autour de la défaillance du système de contrôle sécuritaire le long des artères du pays, celle du contrôle technique des véhicules de transport en commun en circulation sur nos axes routiers. En effet, il est bien incompréhensible qu’un véhicule « hors d’usage », qui plus est en surcharge, traverse plusieurs agglomérations et dépasse plusieurs postes de contrôle sans en être inquiété. Le drame de Houinta fera-t-il prendre conscience aux autorités en charge des transports publics, encore moins aux populations qui empruntent ces axes routiers et ces véhicules ? Difficile de le savoir…

Mais à Houinta, le bilan humain de l’accident de circulation fut très lourd. Cinq morts, une quinzaine de blessés et un minibus entièrement calciné. Bien drôle, tous seraient, aux dires des rescapés, en partance pour une croisade religieuse de fin d’année dans ce qu’on appelle au Bénin, l’église privée de Banamè. Et ceux-ci ne doivent leur salut qu’aux populations environnantes qui ont fait des pieds et des mains pour les extraire des ruines du véhicule en feu. Aussi doivent-ils louer la prompte réaction des services de sapeurs-pompiers qui n’ont ménagé aucun effort pour venir à bout du feu. Des rescapés, peu d’entre eux s’en sont sortis indemnes car presque tous ont subi les affres du feu.


Rejet du Budget 2014 au Bénin : Le pays passera encore sous ordonnance !

benin-communeAu Bénin, les nouvelles ne sont pas bonnes. Le pays semble s’engouffrer dans une spirale diabolique de cinglants désaveux  qui pourrait mettre en mal sa réputation et la mise en œuvre des  programmes de développement. Quelques jours après le refus du gouvernement américain d’accorder une aide financière de plus 300 milliards de francs CFA au pays pour cause de corruption massive dans le cadre du programme Millenium Challenge Account, c’est l’Assemblée Nationale qui vient de voter le rejet du budget de l’Etat 2014.

Vote à l'Assemblée Nationale...
Vote à l’Assemblée Nationale…

Avec 44 voix contre 39, les députés béninois viennent de faire subir un camouflet au gouvernement. Un rejet de la loi des finances exercice 2014 totalement imprévisible quand on s’en tient à la configuration du parlement où le gouvernement dispose d’une majorité écrasante de près d’une soixantaine de députés. Et le vote contre le budget 2014 a révélé des failles dans la mouvance présidentielle. Du coup, ils sont bien nombreux dans le rang des soutiens du Chef de l’Etat qui accuse le Président de l’Assemblée Nationale pour trahison.

Durant les deux mois d’étude du budget à l’hémicycle, seuls les élus de l’opposition affichaient une fin de non recevoir. Personne, encore moins le Chef de l’Etat ne pouvait s’attendre à cette déculottée du parlement. Confiance absolue en raison du nombre impressionnant de députés et des colossaux moyens à la disposition du Chef de l’Etat pour faire passer son budget malgré les nombreuses carences soulevées par les députés de l’opposition et les organisations de la société civile.

Mais coup de théâtre, les députés de la majorité présidentielle, du moins ceux qui ont décidé de se désolidariser de leurs collègues proches du pouvoir en place demandent, exigent et obtiennent le vote en secret du budget de l’Etat. Une première dans l’histoire de l’Assemblée Nationale du Bénin. Jamais le vote de la loi des finances ne s’est fait en secret. Par cet acte, les députés béninois semblent contraindre le Chef de l’Etat à prendre une ordonnance pour l’adoption et l’exécution de son budget. D’ailleurs, l’homme en est coutumier depuis sa prise de pouvoir.

Dr Boni Yayi: Faites vite, le pays est malade...
Dr Boni Yayi: Faites vite, le pays est malade…

Boni Yayi et ses ordonnances…

En son article 68, la Constitution Béninoise autorise le Chef de l’Etat à la prise d’ordonnance pour la mise en œuvre de certains projets de loi qu’il juge indispensable au développement du pays mais qui auraient subi un blocage au Parlement. En effet, l’article 68 dispose : « lorsque les institutions de la République, l’indépendance de la Nation, l’intégrité du territoire national, ou l’exécution des engagements internationaux sont menacées de manière grave et immédiate, et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et constitutionnels est menacé ou interrompu, le Président de la République, après consultation du Président de l’Assemblée Nationale et du Président de la Cour Constitutionnelle, prend en Conseil des ministres les mesures exceptionnelles exigées par les circonstances, sans que les droits des citoyens garantis par la Constitution soient suspendus. Il en informe la Nation par un message».

Et le recours à cette prérogative constitutionnelle dite de mesure exceptionnelle, Boni Yayi n’en sera pas à son coup d’essai. Quelques deux ans après sa prise de pouvoir en 2006, le docteur en Economie aura déjà prescrit sa première ordonnance pour le Bénin.

28 Juillet 2008 : Boni Yayi prend sa toute première ordonnance après le report sine die de la loi sur le code d’investissement par les députés à l’Assemblée Nationale.

04 Novembre 2008 : Les députés béninois enfoncent le clou. L’Assemblée Nationale passée dans l’escarcelle de l’opposition conduite par l’alliance politique l’Union fait la Nation (UN) vote contre le budget de l’Etat exercice 2009. Coup de théâtre, le Chef de l’Etat Boni Yayi passe à sa deuxième ordonnance en cinq mois.

31 Décembre 2009 : En quelque dix-huit mois, le Chef de l’Etat, Boni Yayi s’est une fois encore vu contraint de passer aux ordonnances. En effet, il vient d’essuyer un nouveau refus de l’Assemblée Nationale sur la loi des finances 2010. Ainsi, le Chef de l’Etat s’arroge de ses prérogatives constitutionnelles et décrète l’exécution du budget 2010 par ordonnance.

28 Juin 2010 : Quelques deux ans après sa première ordonnance le Chef d l’Etat béninois récidive. Cette fois-ci, une nouvelle ordonnance pour la ratification des accords de prêt refusée par les députés de l’Assemblée Nationale qui craignaient une collecte de fonds destinée à l’achat de l’électorat  pour la campagne électorale de 2011. Des élections que Boni Yayi remportera par un KO historique au premier tour et une majorité écrasante à l’Assemblée Nationale.

Face à la nouvelle attitude des députés de l’Assemblée Nationale qui, malgré leur appartenance en majorité aux formations politiques proches de l’exécutif, il n’est point de doute que Boni Yayi devra passer à une nouvelle ordonnance pour adopter et exécuter le budget de l’Etat 2014 bien qu’il soit jugé irréaliste et contre productif par les élus du peuple.

Une manière pour donner raison aux opposants qui affirmaient quelques années plus tôt avec les ordonnances répétées : « Nous sommes dans un pays qui est gouverné par ordonnance. »


Quand le Brésil dit non aux rafales de la France : François Hollande s’en moque.

rafale 1La récente visite d’Etat de François Hollande au Brésil n’aurait pas séduit. Quelques jours après la tonitruante offensive commerciale de la France, les Brésil crée la sensation. Le Brésil dit non aux Rafales français.

Le Brésil a opté pour les avions de combat suédois. Par la voix de son ministre de la défense, Celso Amorim, le pays vient mettre fin aux espoirs de Dassault Aviation et de la France. Une décision qui aurait prise après de profondes analyses coût-bénéfice. Et ce choix commercial annonce l’échec d’une négociation commerciale vieille de près d’une dizaine d’années entre les deux pays.

Et quand le Brésil annonce son refus d’acquisition des rafales française pour remplacer sa flotte d’aéronefs de Mirage 2000, François Hollande ne s’en ébranle point. Dans les couloirs de l’exécutif français, la décision du Brésil ne serait pas une surprise. « On s’y attendait » a même déclaré François Hollande.  Ecouté sur quelques médias français durant sa visite à Bruxelles, François Hollande justifie le choix du Brésil. Le pays de Dilma Rousself n’aurait pas besoin de la technologie de pointe développée pour les rafales. Aussi n’aurait-il pas les moyens financiers pour s’offrir ces avions de combat de la France.

Des déclarations qui devraient éviter à Hollande une nouvelle huée populaire. Lui qui souffre déjà d’une impopularité criarde dans l’hexagone. Normal ! Puisque c’est lui qui est au pouvoir actuellement bien que les démarches pour la vente des rafales au Brésil ont connu la participation des anciens présidents Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. Néanmoins, le choix du Gripen suédois par le Brésil, pour la fourniture de 36 avions de combat, fait un manque à gagner de plus de 4,5 milliards de dollars.

Face à ce refus des avions de combat français, la sagesse populaire devrait conduire la France et ses dirigeants à se poser quelques questions ? Des questions cruciales au risque de se voir chiper par d’autres avionneurs,  le marché indien estimé à plus d’une centaine d’avions de combat. La France ne paie-t-elle pas pour le prix trop élevé de ses Rafales ? Quel rôle a pu jouer « l’insuffisance de transfert de technologie » dans le choix brésilien ?

Urgence oblige car à l’heure actuelle Dassault Aviation n’est toujours pas parvenu à vendre le moindre Rafale hors de la France. Que devra corriger la France dans sa politique commerciale ?

Si la tonitruante visite de François Hollande n’a pas fait trembler le Brésil dans sa démarche de rééquiper l’arsenal de son armée de l’air, certains analystes évoquent le caractère « obsolète » de l’agressivité commerciale de la France. En effet, on parle par exemple du fait que les industriels français ne tiendraient vraiment pas grand compte des besoins réels des pays en développement. Certes ces pays ont besoin d’acquérir des équipements de l’industrie de pointe, mais il faut faire avec leur niveau de technologie actuelle. Ce qui ne serait pas le cas pour la France. A en croire quelques observateurs, Dassault Aviation a juste été une victime de l’absence de cette disposition dans la politique commerciale de la France. Même en Afrique, les automobilistes français n’arriveraient pas à maintenir leur marché pour l’écoulement de leurs récentes fabrications. Et pour cause une offre technologique très avancée pour les consommateurs de ces pays.

A cet effet, la France se voit obliger de faire une liaison homogène entre la performance de ces équipements industriels, leur niveau de technologie et le coût afin de séduire davantage le marché des pays en développement.

Toujours dans l’analyse de l’échec des négociations commerciales entre le leader français de l’aéronautique militaire, la France, le Brésil et son armée de l’air, les analystes ont en ligne de mire la faiblesse de la coopération technique entre les industriels français et étrangers. Dans ce cas précis du Rafale, Dassault Aviation aurait tiré son épingle du jeu s’il existait un lien étroit de collaboration technique avec l’avionneur brésilien Embraer. Tel serait le cas pour le fabricant suédois Saab du Gripen NG qui aurait des liens très étroits avec le constructeur brésilien.

A la France et ses industriels de tirer grandes leçons de ses remarques pour le moins très pertinentes au risque de perdre de gros contrats en vue en Inde, en Angola et au Mozambique…


Migrant : es-tu un criminel ?

Quelques migrants africains en Espagne...
Quelques migrants africains en Espagne…

Comme chaque 18 décembre, la communauté internationale célèbre ce jour la journée internationale des migrants qui porte sur le thème «  Migration des Jeunes : faire avancer le développement ». Une manière sans doute pour l’Organisation internationale de la migration (OIM) et les Nations unies de révéler à la face du monde la contribution des flux migratoires au développement des pays.

Depuis longtemps, la migration est perçue comme une panacée pour les jeunes des pays pauvres. Bien que la crise économique ayant récemment secoué les pays de l’Occident a contribué à l’afflux de milliers d’Européens sur le continent africain et une bonne partie en Asie, ils sont nombreux ces Africains notamment de la partie subsaharienne qui ne renoncent pas à l’aventure occidentale.

Ils sont bien des milliers, ces jeunes Africains qui ne pensent qu’à faire leurs adieux à leurs pays. Et peu importe la manière. Leur bonheur se trouverait dans les ruelles européennes, américaines et depuis asiatiques ou encore sud-africaines. Point de répit à brader les mesures sécuritaires de contrôle policier ou douanier, celles sélectives des chancelleries de ces terres d’accueil afin de réaliser le rêve d’immigration.

Scénario identique pour ces milliers de jeunes Portugais,Grecs, Espagnols voire Français qui s’installent en Angola, en Afrique du Sud, en Guinée équatoriale, au Maghreb, en Asie ou même en Europe de l’est et au Canada ? Qu’ils soient confidentiels ou non, de nombreux documents officiels d’expertise affirment clairement que l’aventure est moins rude et peu sélective pour la plupart des candidats européens à l’immigration. Mais pourquoi tant de calvaire pour les jeunes migrants d’origine africaine ?

Quelques migrants en centre de détention
Quelques migrants en centre de détention

En effet, l’actualité fut marquée dans beaucoup de pays d’accueil des migrants africains par les mesures répressives à leur encontre. La phobie des migrants a même cessé d’être l’apanage des populations. Dans certains pays, la police se mêle aux violentes répressions contre les migrants. Qu’ils soient en règle, sans papiers ou même clandestins, les jeunes migrants sont logés presque à la même enseigne.

Dans la plupart des pays au monde, la régulation des flux migratoires passerait donc par le répressif et le sécuritaire. De nombreux rapports soulignent le non- respect des droits fondamentaux des migrants par le recours dans certains pays à la détention systématique pour un délit d’immigration dans des conditions de rétention très barbares. L’immigration s’érige en acte criminel sur le globe notamment dans les pays occidentaux.

Mais combien sont-ils ces Européens qui vivent en situation irrégulière en Afrique ? On parle de plus de 10 000 000 de personnes. Si les sans-papiers africains représentent un danger en Europe, en Afrique du Sud, au Maroc, en Asie, ou ailleurs, pourquoi ces dizaines de milliers d’Européens ne pourraient pas l’être ?

Le mutisme des autorités internationales face à une pratique répressive inhumaine à l’égard des migrants fait d’elle une arme contre l’immigration exploitée contre ces derniers qu’ils viennent d’Afrique ou d’autres contrées en proie aux difficultés économiques. Et  le mal devient même intracontinental.

De milliers de migrants africains menacés et criminalisés en Afrique. Autant pour des Indiens, des Bangladais devenus esclaves au Qatar, en Chine juste parce qu’ils y sont venus pour rechercher de quoi survivre et faire vivre leurs familles restées au pays. Aucun pays ne semble se soucier de  l’apport de ces hommes et femmes à leur économie. Nul ne s’intéresse aux motifs de leurs choix d’immigration. Quelqu’un n’a-t-il pas dit qu’on est heureux que chez soi ?

Dans cette logique, est-ce vraiment un choix délibéré pour ces hommes et femmes de laisser toute une famille derrière eux pour tenter l’aventure migratoire ? Pourquoi ces milliers de Portugais s’installent-ils dans les anciennes colonies portugaises de l’Afrique devenues très productives par la vitalité de leur économie. Pourquoi le Maroc attire tant de jeunes Espagnols ? Pourquoi l’Afrique du Sud et le Botswana voient affluer chez eux autant de Britanniques ? Subissent-ils la même dose d’accusations criminelles ?

Pour certains analystes, l’emploi est la seule cause de ces flux migratoires. Qu’ils viennent d’Afrique pour l’Europe, de l’Europe pour l’Amérique et vice-versa, ils sont tous à la recherche de l’emploi. En Occident, certaines entreprises doivent leur compétitivité à la main-d’œuvre bon marché venue d’Afrique ou des pays pauvres de l’Asie ou de l’Europe de l’Est. Vue sous l’angle de la clandestinité ou non, la migration serait donc un cercle assez vicieux dont les verrous pourraient ne jamais être sautés.


Police béninoise : quand zèle, fougue, communication tournent au ridicule…

Quelques agents de police du Bénin; Crédit: La Nouvelle Tribune
Quelques agents de police du Bénin; Crédit : La Nouvelle Tribune

Les Béninois font-ils encore confiance à leurs forces de sécurité publique ? La police béninoise mérite-elle encore les honneurs ? Ce sont là quelques interrogations qui hantent l’esprit d’un bon nombre de Béninois. Depuis un mauvais mariage, la police béninoise affiche zèle, fougue, et excès de communication.

Louis Philippe Houdégnon, le Directeur Général de la Police...
Louis Philippe Houdégnon, le directeur général de la police…

Connaissez-vous une police qui fait l’actualité ?  Une police super médiatisée, celle du Bénin en est une. Et la présence dans les médias des flics du Bénin est devenue chose courante depuis l’arrivée au pouvoir de Boni Yayi. En effet, l’accession au pouvoir de Boni Yayi en 2006 marque une série de recrutement de 1 000 agents de police par an dans la fonction publique. Pour l’homme, c’était sa manière à lui de créer des conditions sécuritaires plus stables qui puissent soutenir ce qu’il affichait comme de grandes ambitions de développement pour le pays. « Il ne peut avoir développement sans sécurité » arguait l’actuel locataire du palais de la Marina[1]. Cette hausse de l’effectif des fonctionnaires de la police a-t-elle permis de sortir le pays du gouffre de la criminalité ? Le Bénin est-il devenu un pays à délinquance zéro ?

 

Des agents de police sur le terrain... Crédit: 24 Heures au Bénin
Des agents de police sur le terrain… Crédit : 24 Heures au Bénin

Les différents ministres de l’Intérieur qui se sont succédé dans le gouvernement de Boni Yayi auront eu le mérite, chacun à sa façon d’inventer sa formule magique pour réprimer les hors-la-loi. Et la plus spectaculaire de ces actions d’éclat pour, dit-on mettre un terme à la délinquance au Bénin est sans doute l’ opération appelée « Djakpata ». Une opération censée sécuriser tout le pays avec une armada de policiers super outillés et des moyens suffisants. C’est du moins ce que prédisait l’ancien ministre de l’Intérieur Benoît Assouan Dègla, devenu conseiller spécial à la sécurité du chef de l’Etat après son débarquement du gouvernement. Mais en attendant qu’un bilan ne soit fait sur cette opération, les braquages n’ont pas encore déserté le pays.

Du nord au sud, les populations continuent d’ être victimes de ces hors-la- loi qui ne manquent point de ruse et de stratégie pour se défaire du dispositif policier. Néanmoins, l’opération Djakpata aura eu le mérite de faire déjouer dans quelques villes du pays des plans d’attaques criminelles, de braquages ou de vols. Chapeau Monsieur le Ministre. Vous n’aviez pas manqué l’occasion de prouver aux Béninois que vous aviez grandi dans les quartiers chauds de Yopougon en Côte d’Ivoire.

Au Bénin, on connaît la police pour « le rançonnement » des usagers de la route. Au pays, il n’est pas exigé d’avoir ses pièces en règle pour circuler, quelques jetons de banque suffisent pour arracher le silence des flics. Pas de besoin d’être un sage devant les feux tricolores, l’agent de police ne vous demandera pas mieux qu’un billet de banque pour faire de vous un champion de la violation du Code de la route.

Si la police béninoise se fait plus présente dans l’opinion nationale, c’est sans doute pour ses enquêtes à la va-vite. Dans plus d’une affaire, la police a beaucoup trop parlé, un peu trop vite même. Sur des dossiers délicats, elle a vite fait d’inculper, un peu trop condamner. Une police qui aura même marqué la rupture avec le silence. Ici, nous avions une police ou du moins de super flics, qui savent tous. Eux n’ont pas besoin d’enquête pour connaître les coupables, les agresseurs ou encore les commanditaires dans telle ou telle autre affaire. Ce sont de flics super formés qui ne respirent qu’un air policier. Eux sont des accrocs des micros, des caméras… Une médiatisation à outrance qui transcende même avec les principes élémentaires de l’enquête policière.

Dans ce méli-mélo d’une police béninoise sous les feux de la rampe, il y a un homme qui ravit la vedette. Surnommé le Jack Bauer[2], cet officier de policier surclassé au lendemain de son show médiatique dans l’affaire de tentative d’empoisonnement du chef de l’Etat, directeur de la police nationale peut à lui tout seul remonter toute une filière criminelle, démonter une bande organisée de malfaiteurs. Il en a le pouvoir. Et il le prouve si bien. Quelques secondes suffisent à ce numéro 1 de la police béninoise pour boucler une enquête policière. Après trente minutes, il peut identifier vos agresseurs. Une hyper puissance qui finit par révéler des dessous aux odeurs puantes. En effet, les récentes missions commandos dans lesquelles le disciple de Gérard De Villiers a embarqué ses hommes se sont vite révélées comme du pipeau.  Ces enquêtes avec ses hommes de main ne les ont conduits qu’à de cinglants désaveux des autorités judiciaires qu’elles soient béninoises ou françaises.

Dans l’affaire Patrice Talon plus connue sous l’appellation de « tentative d’empoisonnement du chef de l’Etat », les Béninois ont encore en mémoire l’enthousiasme avec lequel le super flic a présenté  à la presse sa prise. Dans son escarcelle, un ancien ministre, le médecin personnel du chef de l’Etat, sa gouvernante qui n’est rien d’autre que sa nièce, quelques éléments de la Garde républicaine, et une cargaison de produits « radioactifs ». On connaît la suite…

Et revoilà le flic qui suscite une grosse polémique à Cotonou et à l’intérieur du pays et qui occupe le devant de la scène. Suite à l’agression du très populaire défenseur des droits de l’homme Martin Assogba, l’homme solide comme un roc affirmait quelques minutes après détenir une piste, la bonne s’est-il exclamé. Quelques jours plus tard, le Jack Bauer national aurait démantelé la bande de barbares qui en voulaient à la vie du citoyen Assogba. Sept d’entre eux sont pris dans l’étau de la police. Une folle campagne de communication est enclenchée pour célébrer la prouesse d’une police et de son chef. » Mais patatras, la justice béninoise vient de bouder la police. Sans tambour ni trompette, bien que les médias et les réseaux sociaux n’ont pas manqué d’en faire leur chou gras, les sept présumés « coupables » ou « innocents » sont libérés pour défaut de preuve par le parquet général. Une humiliation pour la police ? La Nième ?

Seuls les Béninois qui vivent dans le secret des dieux de la police et/ou de la justice peuvent y répondre. Mais cette déculottée de la police nationale est pour l’opinion nationale celle de trop. Et elle ne manque pas de soulever des vagues d’interrogations sur le professionnalisme et le sérieux autant des simples agents que dans le cercle très fermé des barons de la police béninoise…

Affaire à suivre…


[2] Héros de la série 24 heures Chronos